FAQ : Ce que signifie être une femme en Afghanistan en 2025

À quoi ressemble la vie des femmes et des filles en Afghanistan aujourd’hui ? Examinons les données et découvrons ce que le monde doit faire pour soutenir les femmes afghanes.

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Une Afghane, de retour du Pakistan en début de journée
Une Afghane, de retour du Pakistan en début de journée, se repose avec son fils sous une tente installée pour permettre aux rapatriés de se mettre à l’ombre du soleil brûlant de Takhta Pul, près de la frontière pakistanaise. Depuis septembre 2023, plus de 2,43 millions d’Afghan·e·s sans papiers ont dû fuir l’Iran et le Pakistan, beaucoup ont été contraint·e·s de partir. Photo : ONU Femmes/Sayed Habib Bidell

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Cela fait maintenant quatre ans que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan. C’est la deuxième fois que le pays est entre leurs mains. Depuis le mois d’août 2021, les autorités de facto ont adopté des dizaines de directives privant les femmes et les filles de leurs droits – qu’il s’agisse de leur éducation, du travail, de leur liberté de circulation ou de leur participation aux décisions publiques. Les filles se voient interdire l’accès à l’enseignement secondaire. Les femmes se voient interdire l’accès aux universités, à de nombreux emplois et aux espaces publics tels que les parcs, les gymnases et les clubs sportifs. 

Dans le même temps, la crise humanitaire ajoutée à la pauvreté rend la vie plus difficile pour tout le monde, et en particulier pour les femmes et les filles.

Mais les difficultés ne se situent pas uniquement sur le plan individuel. Selon l’indice de genre 2024 d’ONU Femmes, établi pour l’Afghanistan, l'aggravation de la crise des droits des femmes accélère également le déclin du pays, ce qui accentue les inégalités dans les domaines de la santé, de l’éducation, du travail, de la sécurité et de la prise de décisions. 

Voici ce que révèlent les données et pourquoi elles sont importantes.

Les femmes afghanes peuvent-elles accéder aux soins de santé en 2025 ?

L’accès aux soins de santé est de plus en plus difficile pour les femmes afghanes. Depuis la prise de pouvoir par les talibans, les craintes, les restrictions à la mobilité, les interdictions en matière d’éducation et la discrimination systémique empêchent les femmes et les filles d’obtenir les soins dont elles ont besoin. 

Un climat de peur empêche de nombreuses femmes de quitter leur foyer. Celles qui osent le faire doivent parfois parcourir des kilomètres pour se rendre dans une clinique, pour s’en voir refuser l’entrée, simplement parce qu’elles sont des femmes. 

Dans certaines provinces, les femmes ne peuvent pas être soignées par des médecins hommes ; et il y a moins de femmes parmi le personnel soignant. Une interdiction décrétée en décembre 2024 par les autorités de facto empêche les femmes d’étudier la médecine ou la profession de sage-femme, leur fermant ainsi l’une des seules possibilités de faire carrière dans le secteur de la santé. 

Les conséquences sont alarmantes. La santé des femmes se détériore et elles vivent moins longtemps. Les risques de mortalité maternelle augmentent, en particulier en raison du taux élevé de grossesses chez les adolescentes, dû aux mariages précoces. En outre, la plupart des femmes ne peuvent même pas prendre de décisions concernant leur propre santé, celles-ci étant souvent laissées à l’appréciation des membres masculins de leur famille. 

Le confinement à domicile a aussi de graves effets sur leur santé mentale. L’absence d’activités physiques, le manque d’accès au soutien communautaire et affectif a déclenché une véritable crise de santé mentale chez les femmes et les filles qui font état d’un niveau croissant d’anxiété, de découragement, voire de désespoir. 

Comme ailleurs dans le monde, les Afghanes ont également tendance à faire passer leur propre santé au second plan, en donnant la priorité à leurs enfants et à leur famille, surtout en période de difficultés économiques. 

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De nombreuses femmes afghanes rapatriées d’Iran et du Pakistan n’ont pas de pièces d’identité
De nombreuses femmes afghanes rapatriées d’Iran et du Pakistan n’ont pas de pièces d’identité, ce qui limite leur accès à l'aide humanitaire, à un logement ou à un refuge, ou prive leurs enfants de suivre une scolarité. L’appui des travailleuses humanitaires est essentiel pour les aider à remplir des formulaires et leur permettre d’accéder aux services essentiels. Photo : ONU Femmes/Sayed Habib Bidell

Pourquoi les filles ne peuvent-elles pas aller à l’école en Afghanistan ?

Lorsque les petites filles afghanes quittent l’école le dernier jour de classe du cycle primaire, leur scolarité obligatoire s’arrête là. Depuis septembre 2021, les talibans interdisent aux filles leur inscription dans le secondaire. 

Mais la crise commence bien plus tôt : en effet, près de 30 pour cent des filles afghanes  ne sont jamais scolarisées dans le primaire en raison de la pauvreté, des normes restrictives à leur encontre et des problèmes de sécurité. Les familles retirent souvent leurs filles et garçons de l’école pour contribuer aux revenus du foyer ou pour les préparer au mariage, qui est en augmentation car les familles peinent à face à la crise économique. 

Il existe quelques possibilités d’apprentissage informelles ou en ligne, mais elles ne concernent qu’une petite fraction de filles et ne remplacent pas l’enseignement à plein temps. Elles ne constituent pas non plus un parcours d’apprentissage donnant accès au secondaire ou à un emploi. 

Les conséquences sont désastreuses : 

Mais il ne s’agit pas seulement des écoles. Il s’agit d’avenirs compromis, de moyens de subsistance perdus et de communautés piégées dans la pauvreté. 

Les femmes afghanes ont-elles le droit d’avoir un emploi ?

L’Afghanistan présente actuellement l’un des écarts les plus importants entre les sexes en matière d’emploi : à peine une femme sur quatre travaille ou cherche un emploi, alors que près de 90 pour cent des hommes travaillent. 

Ce n’est pas une donnée fortuite. Les talibans imposent aux femmes l’interdiction de travailler dans des secteurs qui offraient autrefois de bons débouchés – fonction publique, ONG nationales et internationales, ou salons de beauté. 

Une bonne partie des femmes qui travaillent sont contraintes d’accepter des emplois précaires et mal rémunérés dans l'économie informelle. Même l’accès à l’argent est un défi : moins de 7 pour cent des Afghanes ont un compte bancaire ou utilisent un service de paiement mobile. 

Les organisations féminines de la société civile ont également subi de fortes pressions. Les talibans interdisent aux femmes de travailler dans les ONG et les écartent des postes de direction ; ils ont même forcé les ONG à remplacer le mot « femmes » par le mot « hommes » dans les documents de projet. Ces obligations ont conduit de nombreuses organisations de femmes à cesser leurs activités ou à les réduire considérablement, tandis que d’autres luttent pour continuer à fonctionner.

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Une travailleuse humanitaire
Une travailleuse humanitaire, appuyée par ONU Femmes, s’entretient avec une rapatriée afghane au sujet du processus d’enregistrement biométrique, à Tahta Pul, près de la frontière pakistanaise. Photo : ONU Femmes/Sayed Habib Bidell

Les femmes peuvent-elles participer à la politique en Afghanistan ?

Les femmes sont complètement exclues de la vie politique officielle en Afghanistan. En 2020, elles occupaient plus de 25 pour cent des sièges au Parlement et pouvaient se porter candidates à la présidence. Aujourd'hui, elles n’occupent plus aucun poste au sein du gouvernement de fait. Les talibans sont plus proches que jamais de leur objectif, à savoir une société excluant complètement les femmes de la vie publique. 

Cependant, quelques-unes continuent de trouver d’autres moyens de s’engager et rencontrent de manière informelle les autorités de facto pour plaider en faveur de leurs organisations et de leurs communautés. Si ces actions discrètes ont leur importance, elles ne sauraient néanmoins remplacer une représentation égalitaire. 

Il n'y a aucune image de femmes occupant des fonctions publiques, à la télévision ou lors d’évènements officiels. Le message adressé aux femmes et aux filles est des plus clairs : les postes de direction ne sont pas pour vous. 

Même dans la vie privée, l’influence des femmes s’amenuise. Les données d’ONU Femmes montrent une baisse de 60 pour cent du nombre de femmes qui estiment pouvoir influencer les décisions au sein de leur propre foyer, le seul espace où elles sont encore « autorisées » à exister. 

Les femmes sont-elles en sécurité en Afghanistan ?

La réponse est simplement non. Et les risques ne cessent d’augmenter. 

Même s’il n’est plus possible de collecter de manière fiable et en toute sécurité  des données nationales sur la violence à l’égard des femmes en Afghanistan, les chiffres disponibles brossent un tableau inquiétant.  En 2018, plus d’une Afghane sur trois avait subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part de son partenaire intime au cours de l’année précédente. 

Depuis le retour des talibans au en 2021, la violence s’est probablement aggravée. Les difficultés économiques, les restrictions imposées à l’éducation des filles, l’abrogation des lois progressistes et le démantèlement des services visant à prévenir et à lutter contre la violence ont créé des conditions propices à la prolifération incontrôlée des actes de violence fondée sur le genre. 

Les déplacements au quotidien sont compliqués pour les femmes et les filles, et circuler peut être dangereux pour elles.  Dans de nombreuses régions du pays, les femmes doivent être accompagnées d’un parent masculin lorsqu’elles quittent leur foyer, parfois même pour de courts trajets. Les veuves ou les femmes sans parents proches de sexe masculin craignent pour leur sécurité simplement pour aller acheter de la nourriture ou accéder aux soins de santé. 

Les taux de mariages d’enfants, précoces ou forcés restent élevés et continuent d’augmenter. En 2023, près de 30 pour cent des filles de moins de 18 ans étaient mariées, et parmi elles, 10 pour cent avaient moins de 15 ans. Dans certaines familles, confrontées à la pauvreté, marier les filles est une stratégie de survie. 

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Les travailleuses humanitaires, appuyées par ONU Femmes, aident des rapatriées à faire enregistrer leurs données biométriques pour accéder aux services dont elles ont besoin, à Takhta Pul, près de la frontière pakistanaise.
Les travailleuses humanitaires, appuyées par ONU Femmes, aident des rapatriées à faire enregistrer leurs données biométriques pour accéder aux services dont elles ont besoin, à Takhta Pul, près de la frontière pakistanaise. Photo : ONU Femmes/Sayed Habib Bidell

Les femmes peuvent-elles encore avoir une influence en Afghanistan ?

Les Afghanes continuent de trouver des moyens de contourner les obstacles et de résister aux contraintes de plus en plus strictes qui leur sont imposées. 

Malgré des restrictions presque totales, elles continuent de diriger des entreprises et de travailler en première ligne, occupant des postes de travailleuses humanitaires, de journalistes ou de dirigeantes communautaires.   

Elles continuent de défendre leurs droits et ceux de tous les Afghans. 

Comment ONU Femmes travaille-t-elle avec les femmes et les filles en Afghanistan ?

ONU Femmes reste présente sur le terrain dans le pays, où elle répond aux besoins immédiats des femmes et des filles afghanes tout en  préservant leur avenir. Voici quelques exemples du soutien apporté : 

  • Des programmes conçus par des femmes, pour des femmes, en collaboration avec plus de 200 organisations de femmes, ainsi que des dirigeantes, des défenseures des droits humains, des journalistes, etc. ; 
  • Des collaborations avec les ADF pour trouver les moyens de protéger, de soutenir et d’accompagner ces organisations de femmes ; 
  • Le renforcement du soutien aux femmes entrepreneuses par le biais de capitaux, de formation et d’accès aux marchés ; 
  • L’offre de services intégrés incluant un appui psychosocial, des services humanitaires et des activités de subsistance afin d’aider les femmes et les filles les plus marginalisées et les plus vulnérables ; 
  • L’amplification de la voix des femmes afghanes au niveau des plates-formes décisionnelles internationales ; 
  • La documentation de l’impact sur le terrain de la crise liée aux droits des femmes.  

Comment la communauté internationale peut-elle soutenir les femmes en Afghanistan ?

ONU Femmes exhorte ses partenaires mondiaux à mettre en œuvre les actions suivantes : 

  • Allouer des financements flexibles sur le long terme : il faut soutenir les organisations de femmes de la société civile en leur allouant des ressources durables et adaptables. 
  • Veiller à ce qu'au moins 30 pour cent des financements accordés à l'Afghanistan appuient l’égalité des sexes : il faut éviter les programmes qui ne répondent pas explicitement aux besoins des hommes et des femmes, des garçons et des filles, et placer les droits des femmes au centre de tous les efforts. 
  • Empêcher la normalisation de la discrimination : il convient d’éviter les actions ou les partenariats qui pourraient involontairement contribuer à appuyer ou à normaliser les politiques discriminatoires des talibans. 
  • Intégrer les droits des femmes dans toute l’action humanitaire : les droits humains, en particulier ceux des femmes, doivent être au cœur des interventions humanitaires et des initiatives de développement. 

Les femmes afghanes méritent un avenir

Malgré tout, les femmes et les filles afghanes continuent de faire preuve de force, de courage et de résilience. Mais elles ne devraient pas être seules face à tous ces défis. 

Le monde doit agir maintenant, non seulement pour répondre à leurs besoins urgents, mais aussi pour protéger l’avenir d’une génération. Le silence n’est pas une option. La solidarité n’est pas facultative. 

Soyons à l’écoute. Apportons des financements. Luttons, ensemble, pour TOUTES les femmes et les filles en Afghanistan. 

Venez en aide aux Afghanes !

Les femmes et les filles afghanes sont confrontées à la plus grave crise mondiale en matière de droits des femmes. 

Quatre ans après la prise du pouvoir par les talibans, des vagues successives de mesures, dont aucune n’a été levée à ce jour, les ont privées de leurs droits et de leur dignité. 

ONU Femmes reste sur le terrain pour répondre aux besoins urgents des Afghanes et protéger leurs droits. Mais nous ne pouvons pas y parvenir sans vous.

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