En Amérique latine, non seulement nous reconnaissons le travail de soins, mais nous reconstruisons également les économies autour de ce travail

Du Brésil au Panama, les investissements audacieux dans les soins, grâce à l’expertise et à l’appui d’ONU Femmes, refaçonne les économies et les vies, et montrent au monde ce qu’il est possible d’accomplir.

Image
Les femmes autochtones de la vallée de Polochic, au Guatemala
Les femmes autochtones de la vallée de Polochic, au Guatemala, nourrissent leurs familles, développent leurs entreprises et économisent plus d'argent que jamais, grâce à un programme conjoint des Nations Unies qui autonomise les femmes rurales. Photo : ONU Femmes/Ryan Brown

Basic Hero Banner

Au quotidien, les femmes et les filles en Amérique latine consacrent jusqu’à trois fois plus d’heures aux tâches de soins non rémunérées que les hommes : elles cuisinent, font le ménage, s’occupent des enfants et à prennent soin des malades et des personnes âgées. À l’échelle mondiale, on peut voir à quel point l’ampleur de ce phénomène est démesurée : dans le monde, 12,5 milliards d’heures sont consacrées chaque jour à des travaux de soins non rémunérés – principalement par les femmes et les filles et, souvent, sans pause ni salaire, et sans avoir leur mot à dire.

Et si les soins n’étaient pas invisibles ? Et s’ils étaient partagés et valorisés et bénéficiaient d’un soutien approprié ? 

Dans l’ensemble de l’Amérique latine, une révolution des soins est en marche. Avec l’expertise et l’appui d’ONU Femmes, 17 pays [1] travaillent actuellement sur la manière dont les soins sont reconnus, financés et dispensés. Les gouvernements, les sociétés privées, les femmes et les communautés changent les règles, en transformant ce qui était autrefois considéré comme un travail non rémunéré incombant aux femmes – en politiques publiques, en services et en responsabilité partagée. 

En effet, les investissements dans les soins ne visent pas simplement à alléger ce fardeau, ils permettent de libérer le potentiel de sociétés entières.

Savez-vous ce qu’est un système de soins ? 

Depuis trop longtemps, le travail de soins non rémunéré, comme la cuisine, le ménage et la prise en charge des besoins physiques et émotionnels des familles, ont été principalement assumées par les femmes et les filles. Toutefois, les systèmes de soins peuvent changer la donne. Ils font du travail de soins une responsabilité visible et partagée, avec le soutien de : 

  • Services publics tels que les centres de garde d’enfants, les maisons de retraite, les visites à domicile et les soins supplétifs (des services destinés à offrir un répit à court terme pour les personnes qui assument le travail de soins). 
  • Protections juridiques comme le congé parental rémunéré, les pensions de retraite, les soins de santé et des salaires décents pour les personnes chargées du travail de soins.  
  • Formations et une professionnalisation permettant aux personnes assumant le travail de soins, qu’elles soient rémunérées ou non, d’acquérir des compétences et de bénéficier d’une reconnaissance et d’une indépendance économique. 

Un système de soins bien conçu renforce les familles, les communautés, les économies et les sociétés dans leur ensemble.

Les nouveaux systèmes de soins ambitieux qui transforment les économies en Amérique latine

Dans l’ensemble de la région, les gouvernements reconnaissent les soins comme une composante essentielle des infrastructures publiques, au même titre que les écoles, les hôpitaux ou les routes. Et cette dynamique ne fait que s’amplifier : 

  • Des villes comme Bogota, Belém, Buenos Aires, Santiago, Monterrey, Quito et d’autres mettent en place des réseaux de services de soins qui intègrent la garde d’enfants, les soins aux personnes âgées, les transports, les soins de santé et l’emploi. 
  • En Colombie et au Chili, on estime que le travail de soins contribue désormais respectivement à 19,6 % et 25,6 % du PIB national de ces pays, prenant en compte des tâches autrefois invisibles et déconsidérées dans les statistiques économiques officielles. 
  • Au Mexique et au Pérou, l’accès aux soins est désormais inscrit dans la loi en tant que droit humain.  

Les voix des femmes sont au cœur de ces réformes : les dirigeantes communautaires, les pourvoyeuses de soins et les organisations ont uni leurs efforts pour créer ces nouveaux systèmes de soins afin de prendre en compte les besoins réels des familles et des personnes qui assument le travail de soins.

« Le plus grand changement a consisté à placer les soins au cœur de la politique publique, pas seulement des débats universitaires. Pour la première fois, la politique du Brésil relative aux soins repose sur une participation pleine, tant de la part du gouvernement que de la société civile. » Virginia Gontijo, responsable de programme, ONU Femmes Brésil 

Brésil : d’une initiative pilote locale à une promesse nationale

Dans la ville de Belém do Pará, située dans le nord du Brésil, la toute première Politique municipale relative aux soins met en lumière le changement national que l’action locale peut susciter. Soutenue par ONU Femmes, cette initiative pilote audacieuse montre qu’il est possible de transformer le travail de soins en investissements publics, en opportunités professionnelles et en infrastructures sociales. Le modèle de Belém, qui a été lancé dans le cadre du projet Ver-o-Cuidado, a déjà influencé l’élaboration de la Politique nationale du Brésil relative aux soins et constitue un plan directeur pour d’autres villes.

  • Soixante-dix fonctionnaires public·que·s ont été formé·e·s à la formulation de politiques liées aux soins, et la formation a désormais été déployée à l’échelle nationale dans le cadre d’un système d’apprentissage en ligne. 
  • Plus de 300 femmes pourvoyeuses de soins, qu’elles soient rémunérées ou non, ont suivi une formation qui leur a permis de comprendre leurs droits, de reconnaître la valeur de leur travail et de plaider en faveur d’une amélioration des politiques relatives aux soins. 
  • Trente-trois responsables de la société civile issu·e·s de 16 organisations ont été formé·e·s au plaidoyer politique en faveur des soins. 
  • Treize organisations de femmes ont créé le Réseau des militantes pour les soins de Belém. [2]

« La santé mentale des femmes qui prodiguent des soins doit être une priorité – non seulement pour leur survie, mais aussi pour qu’elles vivent dans la dignité. » Meredith Cortés Bravo, fondatrice d’Apañales, Chili

Chili : l’expansion des soins à grande échelle grâce à une ambition nationale

Le Chili est en train d’établir l’un des systèmes de soins nationaux les plus ambitieux dans la région, Chile Cuida, développé grâce au vécu de milliers de femmes et à l’expertise de femmes comme Cortés Bravo, fondatrice d’Apañales, un réseau communautaire qui soutient les aidant·e·s dans les communautés vulnérables.

Au travers de consultations publiques, de nouvelles lois et avec l’appui technique d’ONU Femmes, le Chili a pour objectif d’atteindre 75 000 personnes au cours des prochaines années afin de s’assurer que personne n’est laissé pour compte.

  • Plus de 12 000 personnes – dont 80 % de femmes – ont développé le système de soins du Chili par le biais d’un dialogue public. 
  • Cent cinquante-et-une municipalités fournissent déjà des services de soins par le biais du Réseau local de soutien et de soins (RLAC) du Chili, et il est déjà prévu de les étendre à l’échelle nationale d’ici 2026. 
  • À Valparaíso, 157 femmes pourvoyeuses de soins perçoivent désormais un salaire mensuel pour les soins qu’elles prodiguent aux membres de leur famille présentant un très haut niveau de dépendance. 
  • Dans trois régions, 300 personnes chargées de soins ont été formées sur les droits des travailleurs. 
  • Des innovations locales comme Renca te Cuida et STGO te Cuida sont en train d’adapter les services de soins aux communautés urbaines. 

« Le diplôme de pourvoyeur·se de soins a marqué un tournant, car il nous a aidé·e·s à mieux comprendre l’importance de fournir des soins de qualité à nos personnes âgées, ainsi que leurs droits et leurs avantages. » Daniela Alejandra Shirley, aide-soignante à domicile, Juan Díaz, Panama

Panama : prioriser le travail de soins, qu’il soit rémunéré ou non

Le Panama est en train de transformer la valorisation des soins en professionnalisant les postes de soignant·e·s rémunéré·e·s tout en rééquilibrant la charge du travail de soins non rémunéré qu’assument les femmes et les filles. Un projet pilote mené à Juan Díaz, un quartier du sud de la ville de Panama, montre la voie à suivre, et le programme devrait être déployé à l’échelle nationale.

  • La Loi nationale du Panama relative aux soins, adoptée en 2024, établit un cadre d’expansion des services de soins, en construisant des infrastructures et en professionnalisant le travail de soins par le biais de formations, tout en visant à réduire le partage inégal des responsabilités en matière de soins qui, pendant longtemps, étaient assignées aux femmes. 
  • Le Plan local de services de soins de Díaz étend déjà les services aux enfants, aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap. 
  • Plus de 120 pourvoyeur·se·s de soins ont été formé·e·s grâce au premier diplôme en soins aux personnes âgées du Panama, ce qui promeut la professionnalisation et la reconnaissance de ce travail. 
  • À Juan Díaz, David et La Chorrera ,100 pourvoyeur·se·s seront formé·e·s et certifié·e·s pour soutenir les personnes en situation de handicap d’ici 2026. 

Les raisons pour lesquelles les systèmes de soins constituent une infrastructure économique essentielle

Non seulement un système de soins bien conçu aide les femmes et les familles à établir un équilibre entre un travail rémunéré et leurs responsabilités familiales, mais il constitue également un pilier essentiel de l’infrastructure économique et sociale. Quand les pays investissent dans les soins, ils :

  • Créent de nouveaux emplois – jusqu’à 300 millions à l’échelle mondiale d’ici 2035 – en particulier pour les femmes  
  • Créent des emplois verts qui sont peu énergivores, axés sur la communauté et essentiels pour le bien-être 
  • Aident davantage de femmes à accéder au marché du travail ou à y rester 
  • Stimulent la productivité et la croissance économiques  
  • Améliorent les soins de santé publique  
  • Soutiennent l’éducation et le développement des enfants 
  • Renforcent la résilience face aux crises – depuis les pandémies jusqu’aux catastrophes climatiques
  • Davantage d’emplois rémunérés dans le secteur des soins signifient des revenus  et des recettes fiscales plus élevés, ainsi que des systèmes de sécurité sociale plus robustes.  

Lorsque les gouvernements reconnaissent que les soins constituent une infrastructure publique essentielle, ils bâtissent l’économie de l’avenir.

L’exemple de l’Amérique latine illustre ce que signifie construire une économie qui privilégie les populations plutôt que la quête du profit. Il ne s’agit pas d’ajustements mineurs, mais de changements sociétaux profonds qui mettent à profit des siècles de travail non rémunéré et invisible sous forme de politiques publiques, de services communautaires et d’investissements nationaux.

Et malgré tout le chemin qu’il reste à parcourir, ces systèmes de soins novateurs prouvent une chose : la valorisation des soins ouvre la voie à un avenir plus fort et plus juste pour toutes et tous.